Masterclass-série : confidences sur l’écriture du « Bureau des Légendes »

Eric Rochant et Alex Berger, le duo aux manettes de la série « Le Bureau des légendes » (Canal+)  ont donné une masterclass aux adhérents de Séquences7. Trois choses à en retenir.

Une writers’ room, ça s’organise

Dès le départ, l’idée du duo était de créer une série qui pouvait tenir le rythme d’une saison par an. A l’époque, rappelons-le, il fallait souvent patienter deux ans, parfois plus, pour pouvoir visionner la saison ultérieure d’une série française. Pour les deux producteurs, pas question. Le principe d’une série, c’est de rendre addictif, et le facteur temps fait partie du jeu. Aussi, avant d’attaquer leur travail, Alex Berger et Éric Rochant se sont-ils rendus à New York pour analyser l’organisation des auteurs américains qui parviennent, eux, à fournir chaque année des saisons de 8 à 24 épisodes. « Les règles que nous avons adaptées, ce sont celles des Guildes professionnelles qui déterminent les normes du travail, elles-mêmes remises à jour tous les 4 ans », explique Alex Berger. 

Aussi, quand Canal + accepte le projet, Alex Berger et Eric Rochant vendent en parallèle un process de fabrication rôdé : la writers’ room à l‘américaine, appelée en France un Atelier d’Écriture Structurée (ADES), dirigée par un showrunner, auteur producteur ou chef scénariste. « L’idée était de mettre l’écriture au centre, rappelle Alex Berger, et pour cela, il fallait s’appuyer sur le créateur de la série, en l’occurence Eric. Il en est le garant et doit pouvoir transmettre sa vision de la série aux comédiens, aux réalisateurs, aux monteurs, aux techniciens en général et aux équipes artistiques qui interviennent sur « Le Bureau des légendes ». Et c’est un process qui coûte cher. » Cette organisation, Alex Berger l’a décrite dans un rapport sur l’organisation de l’écriture sérielle, commandé par le CNC et disponible sur son site.

Les auteurs sont au service de la vision du créateur

Une writers’ room, autrement dit un atelier d’écriture structurée (ADES) ce n’est pas un banal atelier d’auteurs. C’est un créateur qui dit oui ou non, il faut que chaque idée soit au service du projet et il est le détenteur de la « pureté de l’idée initiale ». Ego surdimensionnés… s’abstenir ! « L’idée c’est d’écrire à plusieurs mains mais avec un seul esprit », résume Eric Rochant.

Dans l’ADES du « Bureau des Légendes », il y a donc un showrunner-créateur (Eric Rochant), des auteurs d’épisodes, des scénaristes collaborateurs et des auditeurs (en formation). Et dans cet ordre-là. Ce qui est complètement nouveau en France. Et ce qui induit aussi que toute la chaîne de développement soit encadrée. Rien que sur l’écriture, les retours sur les textes se font rapidement «  après un rendu, la chaîne a 5 jours pour faire des notes et les auteurs peuvent travailler dans la dynamique  », explique Alex Berger.

Une série n’est pas une histoire

Enfin, au cours de cette masterclass, Éric Rochant, venu du cinéma (« Un monde sans pitié », « Les patriotes », « Möbius »…) a rappelé que « la série, c’est de la durée, c’est pas une histoire ! ». Contrairement au cinéma, donc. Autrement dit, si l’idée de départ couvée par l’auteur est « l’histoire de… » (un début, un milieu, une fin) alors il faut en faire un film. Si l’histoire est longue, et a une fin, il s’agit d’une mini-série (par exemple 6×52’). « Ecrire une série, avec plusieurs saisons, rappelle Eric Rochant, c’est vouloir décrire un univers ». Pour cela, rappelle-t-il, les univers professionnels s’y prêtent volontiers. Il faut aussi que le sujet de la série supporte la récurrence.

Alors, comment trouver la « bonne » série ? Pour Rochant, après l’idée, il faut un concept. Et c’est la partie la plus difficile. Le concept, dans « les Sopranos », c’est un mafieux du New Jersey… qui va chez le psy. Ça veut dire qu’il est angoissé, qu’il a un problème moral. « Une idée de série sans concept, ça ne marche pas, confie le show-runner. Les personnages sont eux-mêmes induits par le concept. Si l’histoire emmène les gens, ce qui compte en réalité, c’est le concept, capable de se développer sur plusieurs saisons ». Autrement dit, il faut trouver le moteur qui fait avancer. Et ce moteur doit être increvable. 

masterclass Bureau des legendes

Séquences7 remercie Alex Berger, Eric Rochant et leurs assistantes respectives Marjolaine Mathiaud et Alexia Lecerf pour la mise en place de cette masterclass qui a pu accueillir 80 adhérents au cinéma L’Entrepôt.

 

A.L.

Photo Masterclass : ©Jérémy Forges.

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